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Jongleries linguistiques en prose

Le coût des coups

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Quelle chose étrange que les coups ! D’abord, il y a coup et coût... Des coups qui coûtent cher, et d’autres qui sont gratuits ...

A priori et malgré leur nom, les coups ne coupent pas et parfois on n’y coupe pas. Au lieu de couper ils frappent. C’est frappant quand même !

Et alors, il y a les petits coups et les grands. Les petits coups sont réputés pour être agréables – du moins au singulier, parce que plusieurs petits coups en valent un grand. Et ce serait le coup de barre ! Ou le coup de pompe ! Sans parler du mauvais coup d’œil de la femme au foyer... ou du coup de sifflet du flic sec comme un coup de trique, qui vous arrête à coup sûr au volant... Conduire en état d'ivresse ne vaut vraiment pas le coup d'essai, même si le vin est votre coup de cœur parce que l'amende appropriée vous donnerait un coup au cœur !

Donner des coups peut également être agréable. Cela enivre sans rendre soûl. Mais on y perd autant que le soûl qui perd ses sous en buvant beaucoup de petits coups. Coucourou coucou, au diable l’avarice – et la varice du mollet droit !

Le coucou, lui, il a le coup : il pond ses œufs chez les voisins (comme certains hommes). Du coup ceux-ci, sans être dans le coup, élèvent les petits coucous. Et petit à petit, par à-coups et coup sur coup, le jeune coucou fiche tous ses faux frères et sœurs hors du nid. En voilà un sale coup ! Un coup de coucou, quoi...

Mais revenons aux humains inhumains !

Parfois un homme ascène un seul coup et ce généralement, sur la table. Cela s’appelle alors donner un grand coup, lequel est généralement accompagné d’un grand coup de gueule. Mais la coutume se perd. La situation type du grand coup donné sur la table était celle d’un chef de famille qui... Quoi, vous ne savez pas ce que c’est, un chef de famille ? C’est vrai que l’institution se perd, elle s’est même perdue dans les brumes des temps jadis...

Je vous l’explique, à vous autres jeunots : un chef de famille, dans le temps, avait le droit et le devoir de prendre en charge les affaires importantes de la famille. C’est lui qui décidait par exemple que la Chine devait être admise au Conseil de Sécurité de l’ONU ou que les taxes sur le tabac et l’alcool devait être supprimées et c’était lui qui signait seul la déclaration d’impôts de la famille même si sa femme était la seule à avoir un revenu. En plus, il croyait avoir le droit de rouer de coups au moins ses enfants, sinon sa femme. Souvent sur un coup de tête et sans coup de semonce. C’est frappant qu’à l’époque ces coups ne lui coûtaient pas beaucoup. Et non seulement les coups de gueule, mais aussi les coups sur la figure ou ailleurs et les coups de pied au derrière ou ailleurs, puisque la justice était dans le coup.

Ce n’ést pas tout d’un coup et c'est sans coup d'Etat des femmes que le coût des coups a fini par augmenter. D’abord celles qui encaissaient les coups se sont mises à reculer devant les roucoulements de ceux qui étaient coupables de coups et blessures. Même si ces dames n’ont coupé court qu’au sens imagé, ces messieurs ont finalement accusé le coup. Cela leur a donné un vrai coup de vieux. Sauf aux couturiers peut-être...

Du coup, il est devenu chic de ne pas porter de coups en famille. Evidemment il y en aura toujours qui ne sont pas dans le coup...

N'oublions pas qu'il y a des coups que même les hommes d'aujourdhui reconnaissent être utiles, par exemple aller acheter des cigarettes d'un coup de voiture, de moto, de vélo, de ... ah non, les coups de pied n'ont rien à voir ici ! Assez curieusement tous ces coups d'accélérateur et ces coups de frein nécessaires à la démarche ne semble pas être ressentis comme fatiguants. C'est peut-être normal pour quelqu'un qui aime les coups de perceuse, de marteau et d'autres outils lourds.

Mais les femmes, ces chères êtres capables de provoquer le coup de foudre à tout moment ? Ne donnent-elles pas de coups ? Mais si ! Elles donnent un coup de balai à la cuisine, un coup de chiffon à la salle de bains, un coup d’aspirateur à la chambre, etc. etc. – et le soir elles se sentent comme rouées de coups... Les vrais coups leur manqueraient-ils ?! Quel coup de vache (ou de macho) que de poser une question de ce genre !

Mais les coups féminins les plus redoutables, en dehors des coups de tête, sont ceux qu’elles donnent à donner :

« Chéri, tu pourrais juste donner un petit coup au salon ?

Lui, sous le coup d'un autre coup de foudre :

- Mais oui, ma chérie, bien sûr. »

Le pauvre homme, il ne sait pas à quoi il s’engage et sa perdition est désormais certaine !

Quel coup lui a-t-il été demandé de donner ? Un coup de chiffon à poussière, d’aspirateur, de lavette, d’océdar ou d’éponge ?

Inutile de se poser trop de questions : l’homme manquera infailliblement à un de ses devoirs. Ou il se trompera d’outil et de champ d’action ou il surinterprétera l’expression employée par sa femme.

« Mais tu n’as pas vu toute cette poussière ? »

Aïe, aïe, aïe, ce coup d'œil bien féminin ! Cela vous donnerait le coup de grâce !

Normalement le contraire de « donner un petit coup » est « nettoyer à fond ». Mais ce qui est clair linguistiquement ne l’est pas dans les faits. Parce que si le nettoyage à fond exige d’enlever toute saleté même invisible et à des endroits inaccessibles, le petit coup à donner veut dire qu’on doit faire la même chose au moins pour tout ce qui est visible et accessible. J’insiste sur « au moins » ...

Maint homme ne l’a compris qu’après coup et ç’a été pour lui un rude coup, sinon un coup dur ou même un coup bas.

Et la femme, victorieuse sans coup férir, est abattue par l’incompréhension de son homme.

Chaque coup a son coût...

Hans-Rudolf Hower 2004

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Dernière mise à jour : 10/07/10